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Wavre fut à deux doigts d’accueillir l’UCL

Wavre fut à deux doigts d’accueillir l’UCL

« Il est clair que les électeurs de ces communes autour de Wavre ne souhaitaient pas ces étudiants calotins. Nous pourrions développer plus longuement cette myopie de la plupart des mandataires libéraux et socialistes du canton bloqués par leur anticléricalisme et doutant de l’intérêt à long terme de cette implantation. Nous ne retiendrons que la perspicacité d’Yves du Monceau. » Cette déclaration publiée dans «Le Soir» du 21 octobre 2006 émane de Jean-Marie Lechat, responsable de la promotion urbaine de Louvain-la-Neuve de 1974 à 1997 et auteur de livres sur la naissance et l’évolution de la cité universitaire.

Des propos excessifs et donc insignifiants, jugeront d’aucuns. Il n’empêche, rétorqueront d’autres, qu’au vu des multiples atouts de Louvain-la-Neuve, Wavre a loupé une occasion unique d’en faire bénéficier sa ville.  

Dans le dernier numéro de « Wavriensia » (1),  Antoine Masson raconte cet épisode relativement peu connu de l’histoire mouvementée de l’installation de l’Université catholique de Louvain (UCL) dans notre région.

L’auteur rappelle d’abord les tensions qui existaient dans les années soixante entre néerlandophones et francophones, notamment à Louvain où, écrit-il, « la Flandre voit dans l’université un cheval de Troie de la Wallonie francophone. Les revendications sont donc claires : expulser les francophones du territoire flamand.»

Les manifestations se multiplièrent à Louvain aux cris de « Walen buiten » qui restèrent longtemps en travers de la gorge des francophones. En mai 1968, la crise atteignit son paroxysme, entraînant la chute du Gouvernement. L’UCL fut scindée en deux universités, la section francophone s’installant à Ottignies et, pour sa faculté de Médecine, à Woluwe-Saint-Lambert.

Dès le début des années soixante, pressentant l’expulsion de la section francophone, son administrateur général, Michel Woitrin, s’était mis, dans le plus grand secret, à la recherche d’endroits susceptibles d’accueillir l’UCL. Parmi eux, des terrains appartenant à la princesse de Merode à Rixensart. A Wavre, le Bois de la Pierre et le Bois du Manil furent des sites envisagés de même que le domaine de la Bawette, propriété de la famille Hardy de Beaulieu. Finalement, ce fut une zone à cheval sur Wavre et Bierges qui eut la préférence de Woitrin. «L’avantage de cette zone, précise Antoine Masson, est qu’elle est proche de la ville et qu’un futur campus pouvait ainsi profiter du tissu urbain déjà en place.»

Opposition des milieux politiques et agricoles 

Cette zone de Wavre Nord intéressait d’autant plus l’administrateur général qu’en 1965 la loi Janne désigna le canton de Wavre comme unique secteur pour l’accueil de l’UCL francophone si celle-ci devait quitter Louvain. Les sites possibles en dehors de ce canton furent dès lors abandonnés. Cette année-là, le Conseil communal de Wavre se montra favorable à l’idée d’une implantation de l’UCL dans la cité du Maca. Les choses se présentaient donc bien, mais un premier problème surgit avec le refus de Visart de Bocarmé, propriétaire des terrains de Wavre Nord (notamment près du quartier du Verseau), de céder les 600 hectares demandés par le candidat acheteur alors que lui était d’accord de n’en vendre que 60…

Considérant que son activité agricole allait être mise en péril, Visart partit en croisade contre le projet de l’UCL. Un combat qui déboucha la même année sur l’opposition unanime du Conseil communal de Bierges qui, indique l’article de «Wavriensia», «voyait  d’un mauvais œil l’implantation d’une université catholique sur son territoire, d’autant plus que cela léserait de nombreux cultivateurs

La même position fut adoptée par le Conseil communal de Wavre en 1966. Et pour les mêmes raisons que Bierges.

Antoine Masson : « Le bourgmestre socialiste Justin Peeters, dont le père était franc-maçon, a eu peur de perdre sa majorité s’il acceptait la venue d’une université catholique… »

Devant cette double opposition, Michel Woitrin se tourna alors vers une autre proposition. Celle d’Ottignies qui fut un moment appelée Wavre Sud et qui correspond à une zone proche du Bois de Lauzelle. Depuis 1962, le bourgmestre ottintois, Yves du Monceau de Bergendal, se montrait insistant auprès de l’UCL pour que sa commune accueille la section francophone. Son projet impliquait la création d’une ville nouvelle. Woitrin se déclara prêt à abandonner l’idée de rattacher son campus au tissu urbain de Wavre.

La décision finale fut prise le 19 juillet 1966 lors d’une réunion à l’Hôtel de ville de Wavre. Une réunion demandée par les autorités de l’UCL afin que les communes concernées  (Wavre, Limal, Bierges, Limelette, Ottignies et Corroy-le-Grand) se prononcent, via leurs bourgmestres, sur la possibilité d’accueillir la section francophone.

Mgr Edouard Massaux, à l’époque prorecteur de l’UCL, relata plus tard l’événement : « J’ai dit : qui veut bien nous accueillir ; j’ai mis l’offre aux enchères, qui met un prix ? Moi, a dit du Monceau. Personne ne dit mot ? Alors, adjugé ! »

Revue trimestrielle du Cercle d’Histoire, d’Archéologie et de Généalogie de Wavre et du Brabant wallon.