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Quatre élus témoignent de leur engagement dans le mandat le plus proche du citoyen

INFO : Les récents scandales (Publifin, Samusocial, Kazakhgate…) qui ont secoué notre pays, vont-ils décourager des citoyens à se lancer en politique ou à se représenter aux élections communales du 14 octobre ? Votre parti rencontre-t-il des difficultés de recrutement ?

Benoît Thoreau : Depuis pas mal d’années, tout ce qui est politique suscite la méfiance. Celle-ci s’est considérablement renforcée après tout ce qui vient de se passer. Plusieurs mandataires publics ont commis des actes inacceptables et leurs méfaits ont jeté l’opprobre sur les milliers de femmes et d’hommes politiques dont la grande majorité travaille honnêtement pour le bien commun. Cette situation ne donne pas une image attrayante du monde politique et cela se ressent dans la constitution des listes pour les prochaines élections. C’est réellement dommage, car tous les partis ont besoin de se renouveler afin de présenter de nouveaux candidats aux prochains scrutins. Malgré tout, les élections communales sont celles qui suscitent le plus d’intérêt, compte tenu de la grande proximité des élus.

Kyriaki Michelis : A titre personnel, suite à ces scandales, j’ai pris du recul. Je me suis posée des questions sur mon engagement, sur mon parti. J’ai trouvé des militants socialistes tout autant en colère que moi et j’ai décidé de transformer cette colère en détermination. Je suis déterminée à rendre à la politique son rôle essentiel : structurer la société en étant le représentant des citoyens. Pour octobre, nous avons une base solide de liste composée des conseillers sortants et de plusieurs de nos militants. Le recrutement se poursuit mais je ne perçois pas de difficulté à cet égard. Cela dit, l’engagement politique n’est pas facile à assumer. Et encore moins à Wavre, dans un parti de gauche…

Françoise Van Lierde :  A l’inverse d’autres partis, nous n’avons pas subi d’attaques à propos de tous ces scandales auxquels, du reste, nous n’avons pas été mêlés. Notre nombre d’adhérents a augmenté et nous n’avons pas de difficulté à recruter des candidats pour les prochaines élections. Mais nous constatons que de plus en plus de personnes sont persuadées que l’action politique ne va pas faire changer le monde. Elles préfèrent s’investir dans des mouvements comme la Transition où l’on retrouve d’ailleurs pas mal d’idées écologiques…

Paul Brasseur :  Comme tout un chacun, je déplore profondément ces scandales, qui ont tendance à se répéter dans certains partis. Ce qui est décourageant, c’est que le comportement d’une minorité jette le discrédit sur l’ensemble de celles et ceux qui, souvent dans l’ombre, consacrent du temps et de l’énergie pour l’intérêt général et pour construire l’avenir. Le pouvoir corrompt, c’est connu. Il est donc essentiel d’instaurer des contre-pouvoirs et de favoriser la transparence. Le rôle de la presse notamment, et surtout de la presse d’investigation, est essentiel. La Liste du Bourgmestre, menée par Charles Michel, puis par Françoise Pigeolet, ne rencontre pas de difficulté de recrutement. C’est même plutôt l’inverse. La Ville se porte bien et les résultats sont là, ce qui nous aide considérablement.

Pourquoi vous êtes-vous engagé(e)s en politique et pourquoi avoir choisi votre parti actuel ?

B. Thoreau : Je me suis engagé par hasard en politique lors des élections communales de 2000. Un membre du PSC à l’époque m’avait demandé de m’inscrire sur la liste des candidats. Personne de ma famille n’avait jamais fait de politique et je n’avais aucune connaissance de la gestion communale. J’ai donc appris sur le tas. J’ai à ce moment décidé de me faire membre du PSC, devenu aujourd’hui le CDH. En plus des valeurs (solidarité, liberté d’entreprise, écologie…) que l’on retrouve aussi dans d’autres formations, notre parti en place d’autres (formation, famille…) en priorité pour favoriser le développement humain qui est notre objectif premier. Par ailleurs, je trouve que le débat gauche-droite est de plus en plus dépassé, surtout quand on fait de la gestion communale. Ce qui m’intéresse, ce sont les projets, le bien-être de la population. Nous sommes des pragmatiques et nous essayons toujours de faire la synthèse des points de vue pour déboucher sur un consensus.

K. Michelis : A la maison, on a toujours beaucoup parlé de l’actualité, de la politique… J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont encouragée sur la voie de l’engagement et d’un idéal de société. Mon grand-père maternel est un militant PS depuis des décennies. Il a souvent évoqué ces combats qui ont fait l’ADN du socialisme… Après réflexion et analyse, je me suis très bien retrouvée dans le PS et dans ses valeurs, l’égalité et la solidarité notamment. Etudiante, je suis allée frapper à la porte de l’Union Socialiste Communale de Wavre. J’ai commencé par des réunions, des petits projets… Puis, on m’a proposé d’occuper la deuxième place sur la liste du PS en 2012. A 24 ans, je ne me sentais pas prête à relever un tel défi. Mais l’équipe m’a convaincue et je suis devenue conseillère communale. J’ai eu quelques retours négatifs. Certains ne comprenaient pas pourquoi je me lançais dans cette voie critiquée qu’est la politique. Ma réponse est toujours la même aujourd’hui : « Je fais de la politique pour défendre un idéal, des valeurs… J’espère simplement que le jour où je me réveillerai sans vouloir rendre la société meilleure, je pourrai arrêter la politique…»

F. Van Lierde: Adolescente, j’ai été fort marquée par l’engagement de mon oncle, Jean Van Lierde, qui fut le premier objecteur de conscience dans notre pays. Cet exemple m’a sans doute influencée lorsque je me suis affiliée à Ecolo et qu’en 1981, Joseph Dossin, conseilleur communal à Rixensart, m’a demandé d’être présente sur la liste locale. J’estimais que c’était trop facile de dénoncer ce qui n’allait pas et qu’il fallait agir. Ecolo défend des valeurs qui sont toujours les miennes aujourd’hui : penser aux générations futures, s’abstenir de tout projet d’intérêt personnel, faire de la politique autrement… La démocratie interne est exemplaire chez nous : chaque mois, dans la même semaine, des points sont débattus en locale, puis en régionale et enfin au Conseil de Fédé. J’apprécie également la convivialité et la proximité que l’on retrouve notamment dans nos Rencontres Ecologiques d’Eté. Plus que jamais, je reste une militante de base.

P. Brasseur: Je suis un fils d’indépendant et très tôt, j’ai compris qu’il fallait mériter ce que l’on désirait, que rien n’était gratuit ni donné, qu’il fallait travailler beaucoup et ne jamais se décourager. Mon père était dentiste et travaillait dur, souvent très tard, ainsi que le samedi. Mais c’était son choix. N’oublions jamais que si nous sommes liés par notre environnement familial et socio-économique, nous gardons en grande partie la maîtrise de notre destin et la responsabilité de nos choix. Ma décision d’adhérer au PRL, puis au MR, découle de ce constat. Mon engagement politique est lié à cette volonté que j’ai eue, dès l’adolescence, de consacrer une partie de mon temps pour le bien commun. Cette étincelle m’a toujours animé. J’ai ainsi été délégué de classe, puis délégué de cours à la faculté de droit de l’UCL. Mes études de droit et ma carrière d’avocat (jusqu’en 2003) n’ont fait que renforcer ma détermination.

Quels enseignements tirez-vous de votre fonction de conseiller(ère) communal(e) à Wavre ?

B. Thoreau: Beaucoup de satisfactions, car la matière me passionne. Cela me permet de découvrir beaucoup de personnes, des réalités parfois insoupçonnées. Comme, par exemple, le centre d’accueil pour femmes étrangères avec enfants que Caritas International a ouvert à Louvranges. En dépit d’une forte opposition (2.000 lettres de protestation), le projet a finalement vu le jour. Je suis fier d’avoir défendu ce dossier depuis son lancement. A propos du fonctionnement du conseil communal, je regrette l’absence de véritables débats contradictoires. Ainsi, pour le contournement nord, lorsque nous avançons des arguments (mobilité, environnement…) pour nous opposer au projet, la majorité n’y répond pas, se contentant de parler d’une route de l’emploi.

K. Michelis: Une expérience inoubliable ! L’étude des dossiers m’a appris beaucoup de choses sur le budget, les marchés publics, l’urbanisme, la mobilité… Sur le plan humain aussi, ce fut riche en enseignements. Les habitants ont besoin de se faire entendre, de demander conseil. Et nous, nous devons prendre le temps de les écouter. En plus des permanences, cela implique de la disponibilité et de la présence à des repas d’associations, lors des marchés hebdomadaires, etc. Un mandat communal est l’un des plus beaux ; le lien avec le citoyen est tellement direct ! Je pense que si l’on veut redonner confiance dans la politique, il faut vulgariser le rôle du représentant politique et ses missions. En ce qui concerne le conseil communal, je souhaiterais voir plus de personnes s’y intéresser comme ce fut le cas lors de la discussion sur le projet de loi relatif aux visites domiciliaires. Je souhaiterais également qu’il y ait beaucoup plus de concertation entre la majorité et l’opposition. Je regrette par exemple que tous les partis n’aient pas été associés au groupe de travail sur le texte concernant « Wavre, commune hospitalière ». Mais je reconnais que certains de mes amendements ont été retenus.

F. Van Lierde: Du temps de Charles Aubecq, il n’y avait aucun respect pour les partis de l’opposition. Avec Charles Michel et Françoise Pigeolet, les choses vont mieux même si subsiste la difficulté de se faire entendre. On a l’impression de vivre dans deux mondes différents. On ne partage pas les mêmes valeurs et on ne sait plus se comprendre, ce qui est affligeant…

P. Brasseur: Un conseiller communal exerce une mission de représentation et de conseil. C’est une courroie de transmission entre le collège communal (le bourgmestre et les échevins) et la population. Il siège au conseil communal, qui prend les décisions les plus importantes pour la commune, comme le vote du budget, les investissements ou l’approbation des comptes. Le conseiller communal a le droit et le devoir de s’informer et d’œuvrer dans l’intérêt communal, quelle que soit sa sensibilité. Décider est un travail d’équilibriste, qui consiste souvent à prendre des décisions sans avoir toutes les données en main. Il faut être capable d’anticiper, avec le risque de se tromper et d’être tenu responsable. Ne pas décider est aussi une manière de décider. Il faut donc sans cesse se projeter dans l’avenir, évaluer les risques et saisir les opportunités. Tout en restant en contact étroit avec la population. D’où l’importance de travailler avec une équipe solide, loyale et avec une administration efficace. Actuellement, ce travail est devenu ingrat tant le fossé entre les citoyens et les élus s’est approfondi. Notre société est très individualiste et nourrit des attentes très fortes. Il faut donc faire preuve de pédagogie et garder le cap. À l’heure des réseaux sociaux, dans une société dominée par les slogans et l’émotion, l’importance de bien communiquer est fondamentale. Un projet comme Fluicity, récemment mis en place, permet aux Wavriens de faire émerger des idées dans un cadre dépassionné et en dialogue avec la Ville.

Quel temps consacrez-vous à votre mandat communal ?

B. Thoreau: Mon engagement politique est à temps plein. Outre la fonction de conseiller communal, je suis aussi conseiller provincial et président du CDH Brabant wallon. Si on veut bien remplir ces fonctions, il faut y mettre le temps. Lorsque j’étais dans la vie professionnelle, je prenais un jour de congé par mois pour mes activités politiques. Heureusement, je suis à présent retraité.

K. Michelis: Chaque mois, je prends une journée complète de congé pour des rendez-vous avec des habitants et préparer le conseil communal du lendemain. Si l’on pose une question d’actualité au conseil, il faut la préparer, ce qui demande des recherches. Après la séance, vient le travail d’analyse. Bref, si l’on ajoute l’activité professionnelle, les réunions à la Fédération PS du Brabant wallon et les diverses sollicitations, les journées sont bien remplies. Mais je tiens à garder un équilibre entre vie publique et vie privée.

F. Van Lierde: Je consacre environ 12 heures par mois à ma fonction communale : 3h pour examiner les dossiers, 6h de réunion en locale et 3h pour préparer le conseil communal avec mes colistiers. Je suis par ailleurs présente à un maximum d’événements de ma ville. Enfin, je participe une fois par mois aux réunions du Conseil régional et au Conseil de Fédération.

P. Brasseur: Le conseil communal se réunit au minimum dix fois par an et dure en moyenne 1h30. Ajoutez-y les réunions de préparation et les multiples contacts avec les citoyens, le suivi de leurs demandes, les événements auxquels vous êtes invité ainsi que les réunions liées aux mandats dérivés et la préparation de celles-ci. Vous aurez compris que j’en suis à facilement une heure par jour en moyenne et ce, depuis 2006 ! Tout cela doit se combiner avec la vie de famille…

En plus de l’investissement en temps, y a-t-il un investissement financier ? Les jetons de présence suffisent-ils à couvrir les dépenses de votre fonction ?

B. Thoreau: Je ne suis pas un professionnel de la politique et les jetons de présence que je touche ne me permettraient pas de vivre (7.565 € brut déclarés en 2017). Je dirais qu’ils couvrent plus ou moins les dépenses liées à mes mandats politiques.

K. Michelis: Mon seul mandat rémunéré est celui de conseillère communale : le jeton de présence par mois est de 75 € brut, soit 54 € net. Je dépense certainement plus mensuellement pour les besoins de ma charge. Même si elle n’a lieu que tous les 6 ans, une campagne, aussi, ça coûte cher !

F. Van Lierde: Chez nous, on rétrocède à la locale une partie de nos jetons de présence. Le solde suffit à couvrir les autres petits frais. Mais l’important, c’est le temps que l’on donne, la militance… C’est aussi veiller à garder la cohésion du groupe dans un esprit positif et convivial.

P. Brasseur: Alors là, non, pas du tout, les jetons de présence au conseil communal sont au plancher et couvrent à peine les frais de campagne électorale. Je touche un jeton de présence un peu plus élevé en tant qu’administrateur au Foyer wavrien (moins de 1.000 euros par an, je précise), mais qui est lié à une responsabilité plus importante. Si un jour, je ne perçois plus l’utilité de mon engagement, j’en tirerai les conséquences.

Philippe Pierre