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« La Mastication des morts » redonne vie aux défunts

« La Mastication des morts » redonne vie aux défunts

Je trouve cette pièce incroyable, originale, décalée, avec un humour particulier mais en même temps portant à la réflexion sans pour autant se prendre la tête», déclare le coordinateur de La Chrysalide, Patrice Eberhaerd, à propos de « La Mastication des morts », de Patrick Kermann, que la troupe jouera au début novembre, à Bierges.

Plantons le décor de ce spectacle proposé par l’atelier théâtral wavrien pour sa vingt-quatrième saison. Moret-sur-Raguse, ses maisons, ses rues, ses ruelles, sa mairie, l’église et son cimetière où la pièce nous convie le temps d’une respiration. Une visite au champ des morts, un bruissement qui donne à entendre les mille bavardages, les mille souvenirs de ce petit monde de l’ombre qui se met à se raconter, jetant peu à peu une lumière singulière, poétique et humoristique sur la vie intime de ce village. Quand on convoque les défunts sur scène, c’est à la vie, à votre vie qu’ils rendent hommage.

Avec la mort, la mémoire disparaît. Mais avec la disparition de la mémoire, n’est-ce pas la mort qui s’empare du vivant et engloutit sans même qu’il en prenne conscience des pans entiers de sa vie ? Décédé en 2000, Patrick Kermann considérait la perte de mémoire comme un des maux majeurs de notre époque. Face à la succession rapide des événements, à l’accélération de l’Histoire et du flux des informations, le monde devient de plus en plus irréel.

Dans «La Mastication des morts», il donne la parole à des hommes et à des femmes qui, enterrés dans le même cimetière, continuent de ressasser ce que fut leur vie.

«Ce n’est pas parce qu’on est mort qu’on n’a plus rien à dire», déclare l’un des défunts au début du spectacle…

«La Mastication des morts est une joyeuse tentative de réconciliation avec la mort que notre époque évacue systématiquement. Les morts que j’arrache momentanément de l’oubli en les mettant en scène ne connaissent ni la résignation de la tristesse, ni la brûlure de la plainte, ni horreur, ni extase, ni enfer, ni paradis», écrivait Patrick Kermann dans sa note d’intention.

Mise en scène par Xavier Hosten, assisté de Françoise Vivier, cette pièce de La Chrysalide sur des « souvenirs d’outre-tombe » sera interprétée par Audrey Roggeman, Christine Collette, Didier Gégo, Eléa Delcroix, Françoise Vivier, Gilbert Wilpart, Karel Van Dooren, Luc Fraipont, Manon Magoche, Micheline Doens, Patrice Eberhaerd, Robin Bonnet, Roselyne Grange, Tania Horbach et Vincent Delaive.

Philippe Pierre