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Les Enfants du Vietnam : « Toutes les fleurs de  l’avenir sont dans les semences d’aujourd’hui »

Les Enfants du Vietnam : « Toutes les fleurs de l’avenir sont dans les semences d’aujourd’hui »

Août 1979 : quatre ans après la chute de la capitale, Saïgon, et la victoire des Vietnamiens du Nord, la famille de Thanh Binh Nguyên (14 ans à l’époque) décide de fuir le régime communiste sur les conseils de son père, un haut gradé de l’armée sudiste, emprisonné dans un camp de rééducation. Comme des milliers d’autres avant eux, ces « boat people » quittent leur pays dans une embarcation de fortune. Après 13 jours de navigation, leur bateau, transportant une soixantaine de personnes, est fortement endommagé par l’hélice d’un pétrolier. Un accident dramatique qui cause la mort de plusieurs passagers parmi lesquels une sœur et un neveu de Thant Binh Nguyên. Recueillis par l’équipage du navire, les survivants sont conduits dans un camp de réfugiés à Singapour. Sensibilisée par la situation, Caritas Belgique s’engage à accueillir ces Vietnamiens dans notre pays. Un prêtre, François Dabin, propose d’héberger Thant Binh Nguyên et les siens dans le presbytère de sa paroisse Saint-Nicolas, dans le quartier d’Outremeuse, à Liège.

« C’est mon second père, je lui dois tout ! »,  s’exclame Thant Binh Nguyên à propos de cet abbé avec lequel il est encore régulièrement en contact. Il utilise les mêmes mots de reconnaissance à l’égard d’une autre personnalité de la région liégeoise, Huberte Hanquet, qui fut longtemps sénatrice sociale-chrétienne (PSC, devenu par après CDH).

« Aider mon pays, c’est un juste retour des choses »

Ayant obtenu le statut de réfugié politique et acquis la nationalité belge, Thant Binh Nguyên, qui professe aujourd’hui à Bierges, comme ostéopathe et acupuncteur, n’a eu de cesse de vouloir aider son pays d’origine.
« La chance que j’ai eue ici en Belgique, je veux la donner à mes anciens compatriotes qui vivent dans la pauvreté. C’est un juste retour des choses », explique-t-il. L’occasion d’agir en ce sens s’est présentée en 2004 lors de l’appel lancé par le Père Ngat, de la paroisse de Droixhe (Liège), en faveur d’enfants handicapés encadrés par des sœurs dominicaines vietnamiennes. Cet appel fut suivi de la création de l’ASBL « Les Enfants du Vietnam ».

Objectif ? Développer des projets éducatifs en vue de permettre à ces enfants d’acquérir les connaissances nécessaires pour devenir autonomes et responsables de leur avenir. Un fameux défi qui demande beaucoup d’investissement personnel.
« Avant de me lancer dans ce projet, j’ai voulu avoir l’accord de mon épouse, Joëlle Charon, et de nos deux fils, Robin et David, lesquels, encore petits à l’époque, se sont montrés enthousiastes et ont cassé leur tirelire. Ils furent les premiers donateurs !», dit leur père avec un large sourire.

La première action de l’association fut de réunir des fonds pour construire un orphelinat à Cu Chi, une localité située à 30 km de Saïgon. Dans les années qui suivirent, c’est dans la région de Bên Tre, à 100 km de l’ancienne capitale, que se concentrèrent les efforts de l’ASBL. Deux orphelinats furent construits et leur gestion confiée à des religieuses pour l’un et à des moines pour l’autre. Une école maternelle s’ajouta à l’un des deux avec un objectif d’intégration en rassemblant dans un même lieu les orphelins et les enfants du village. L’association apporta également son aide à un orphelinat public, accueillant 85 enfants, par un don en fournitures scolaires et en vêtements. Enfin, un quatrième orphelinat vient d’être construit. Outre l’hébergement, il sera équipé d’un centre médical et d’un cabinet dentaire.

A plusieurs reprises, des membres de l’ASBL sont allés au Vietnam pour se rendre compte de l’évolution des projets. A ce propos, Thanh Binh Nguyên insiste sur la nécessité de disposer sur place de relais efficaces et de personnes de confiance (notamment les moines et les religieuses). Il souligne aussi l’importance d’une bonne approche des populations locales.
«Dans une action comme la nôtre, poursuit-il, il est essentiel de ne pas arriver là-bas en conquérants mais d’agir dans la discrétion et de respecter la mentalité des habitants de ces campagnes. »

Un appel pour financer des bourses d’études

Aux jeunes, il est également primordial d’assurer une formation débouchant sur un travail, excluant de la sorte un exil forcé. « Nous voulons qu’ils participent à l’économie de leur pays et qu’ils restent chez eux. »

Dans ce but, l’ASBL a lancé cette année un appel au financement de bourses d’études. « Un don de 100 euros paie le minerval et les fournitures scolaires d’une année en secondaire, précise le Biergeois qui est allé sur place pour déterminer les montants. Et 300 euros financent l’année d’un étudiant universitaire. Les critères pour l’octroi d’une bourse d’études sont, d’une part, le niveau de pauvreté, et d’autre part, l’obtention par l’élève d’une moyenne de 7 points sur 10. Je tiens à préciser que les parents devront également intervenir, même modestement. Je déteste l’assistanat ! Cette aide débutera en septembre prochain. A l’issue de l’année scolaire, le parrain et la marraine décideront de la poursuite de leur intervention. S’ils y renoncent, nous veillerons à ce que le jeune puisse continuer ses études. »

Une association comme « Les Enfants du Vietnam » demande, on l’imagine, une organisation bien huilée et implique bon nombre de bénévoles. L’ASBL compte une trentaine de membres effectifs et reçoit une aide ponctuelle de quelque 300 personnes. Une solidarité qui peut prendre les formes les plus diverses. Comme, par exemple, la participation, avec parrainage, aux 20 km de Bruxelles. Ou encore des dons de toutes natures. Ainsi, pour équiper le centre médical du dernier orphelinat construit, Chantal Adam, bientôt retraitée, a offert l’ensemble de son cabinet de médecin généraliste. D’autres docteurs et dentistes se sont engagés à aller une fois par an au Vietnam pour prendre en charge des consultations…

Autant de gestes de générosité qui illustrent le proverbe chinois dont s’inspire l’ASBL : « Toutes les fleurs de l’avenir sont dans les semences d’aujourd’hui. »

Thanh Binh Nguyên a créé des liens à ce point étroits avec les orphelins de son association qu’il les appelle « ses enfants ». Et ceux-ci disent : « papa ». « J’ai des contacts journaliers avec eux, si bien que je fais deux temps plein ! »

Infos complémentaires : 
www.lesenfantsduvietnam.org ou www.lesenfantsduvietnam.be

https://www.facebook.com/lesenfantsduvietnam/

Philippe Pierre