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DOSSIER SPECIAL : Le coeur de Wavre bat-il encore ? – L’avis des autorités et de l’ACW

DOSSIER SPECIAL : Le coeur de Wavre bat-il encore ? – L’avis des autorités et de l’ACW

400 commerces co-existent dans le centre de Wavre. Et si on élargit la zone à Wavre, Limal et Bierges, le chiffre passe à 600. Le nombre de membres de l’ACW ? Ils étaient 200 il y a quelques années ; 175, il y a deux ans ; 150 l’an passé et pour 2015, le président de l’association des commerçants n’est pas optimiste. Si Emile Delvaux attend trois, quatre nouveaux venus, il s’attend à voir les chiffres baisser à 140. En cause ? La crise bien sûr, les membres qui ne cotisent pas, mais aussi les commerces inoccupés.

«Depuis cinq, six ans, c’est plus difficile, les commerces ne sont pas reloués immédiatement, car les loyers sont trop chers. » précise le président des commerçants.

Décembre 2014, un mauvais mois

«Des cellules vides, il y en a bien sûr à Wavre, mais pas au point de rebaptiser la rue du Commerce, rue du Commerce à remettre, réagit Emile Delvaux, le président de l’ACW. Je connais deux magasins qui ne sont pas grands, mais qui sont spécialisés qui ont vu leur chiffre d’affaire augmenter de 30 %, c’est évidemment à contre-courant, puisque le mois de décembre n’a pas été bon, les chiffres font état de 20 % de moins, alors que c’est habituellement le plus gros mois de l’année.»

Parmi les bonnes nouvelles ? Un chocolatier devrait s’installer à la rue Haute non loin de la boucherie de la Vilette. Tandis que des travaux de réaménagement sont en cours dans la surface à remettre où se trouvait Esprit, précédemment. Ce qui est prévu pour cette surface ? Le président des Commerçants n’a pas la réponse. «Au contraire d’une galerie, les rues de Wavre sont publiques, on n’a donc pas de pouvoir sur le type de commerce qui s’installe à tel ou tel endroit, même si des contacts existent pour faire venir l’une ou l’autre enseigne… ce n’est pas évident», rappelle Emile Delvaux.

200 à 300 habitants de plus au lieu des pigeons

Faire venir de nouveaux habitants… C’est une des pistes pour redynamiser le centre-ville. «Et ce sont 200 à 300 habitants supplémentaires qui pourraient s’installer dans le centre-ville de Wavre si les étages des commerces étaient rendus habitables, estime Emile Delvaux qui précise qu’actuellement, les étages des commerces, sous les toits, sont surtout habités par … des pigeons! Dans certains immeubles, on a même été jusqu’à condamner l’escalier permettant d’accéder aux étages. Or si les propriétaires parviennent à louer les étages d’un immeuble, cela permettrait de diminuer le loyer du commerce et celui-ci serait dès lors occupé plus facilement.»

Accueillir des habitants plutôt qu’y installer des stocks ou laisser les lieux se délabrer devrait permettre une revitalisation du centre-ville, y assurer une meilleure sécurité, avoir des impacts positifs sur la mobilité, mais aussi sur le commerce.

Les lotissements ont montré leurs limites

«Si de nombreuses personnes quittent les centres au profit de maisons avec jardin, à 65, 70 ans, l’entretien d’une maison et d’un jardin peut devenir lourd à gérer. Petits commerces à proximité et parcs devraient donc attirer les aînés dans les centre-ville.» ajoute Emile Delvaux.

Le président des architectes du Brabant wallon ne dit pas autre chose : « Installer des habitants aux étages des commerces devrait avoir un impact direct sur les commerces, présenter des avantages en terme de mobilité mais aussi des avantages en matière de mixité sociale. Si on peut relever des problèmes d’enseignes, d’éclairage urbain, des problèmes de sécurité pour l’accès aux logements et aux commerces et de qualité de vie, le milieu socio-géographique est plus riche en centre-ville que dans les lotissements, pointe François de Montlivault. Les lotissements ont montré leurs limites et ils ne sont pas viables d’un point de vue de la consommation des ressources. Il y aura donc forcément un retour vers la Ville. Mais il faut que la Ville s’adapte. » S’y ajoute l’impact positif de l’occupation contre les phénomènes de détérioration des immeubles.

Des incitants communaux ou régionaux

Reste que pour faire bouger les propriétaires, il faut des incitants, qu’ils viennent de la Ville ou de la région, estime Emile Delvaux qui rappelle que 80 % du bâti du centre-ville de Wavre appartienent à une quinzaine de familles. Sans compter qu’occuper les étages ne se fait pas du jour au lendemain.

Des petites maisons anciennes appartenant à différents propriétaires, des soucis d’isolation acoustiques, sans compter qu’il faudrait compter une année complète, afin de vider les immeubles, le temps d’y faire des travaux afin de réaliser des logements … ce sont autant d’obstacles à la création de logements, pointent certains. Du côté des architectes, on est moins pessimiste et on précise que des solutions existent. Les accès aux étages peuvent se faire via des accès par l’arrière des commerces (rue parallèle, impasse, cour intérieure, …) mais aussi des péristyles à l’avant ou des accès derrière des caissons vitrine, par exemple.

A Wavre, d’ailleurs, un exemple existe déjà. Dans l’ancien magasin Yves Rocher à la rue Haute, une entrée latérale a été créée pour donner accès à trois appartements au- dessus de la surface commerciale du rez-de-chaussée, même si actuellement, les travaux entamés ne semblent pas avancer rapidement.

Des fiches thématiques à Bruxelles

A Bruxelles, de telles démarches ont déjà été entreprises et des fiches ont été créées sur cette thématique (http://logement.irisnet.be). Le Centre d’Études et de Recherches Urbaines (ERU) a travaillé dans la capitale de 2001 à 2012, depuis le recensement des étages vides, jusqu’à l’aménagement d’une partie des espaces afin d’accueillir des locataires et ce, sans diminuer les espaces des vitrines. Après 15 années de travail, le bilan est positif, précise Catherine De Zuttere, juriste et urbaniste, qui relève 788 logements créés. Même s’il reste du travail et cette stratégie prend du temps.

Une taxe sur les étages vides ?

Pour y parvenir, des outils incitatifs (primes régionales et communales, partenariat avec les agences immobilières sociales, primes spécifiques à la création d’étages séparés,…) mais aussi coercitifs (taxes communales sur les locaux inhabités, forcer la création d’accès séparé en cas de transformation d’immeubles,…) doivent être mis en place. C’est la Ville qui a la main en cette matière, car si une taxe communale vise bien les immeubles inoccupés, les étages des commerces ne sont pas concernés, contrairement à Nivelles où cette taxe existe.

Reste que si le retour des habitants au-dessus des commerces devrait permettre de revitaliser les centres et donner un second souffle aux commerces, il y a évidemment d’autres pistes à envisager pour redynamiser le centre-ville confronté à bien des obstacles.

La pluie, grosse concurrente

«Wavre a un concurrent énorme : la pluie, précise Emile Delvaux. «Reste que protéger les chalands sur les trottoirs est impossible pratiquement. En cause : les exigences des pompiers en matière d’accès aux étages. Placer des « parapluies » sur les façades à un niveau identique s’avérerait impossible, compte tenu du bâti existant.»

Faire de Wavre une ville piétonne ?

«Faire d’une ville qui fonctionne bien une ville piétonne, c’est positif, mais ce ne serait pas le cas dans une ville qui connaît des difficultés.» lance le président des commerçants qui rappelle l’importance de créer des parkings supplémentaires. C’est envisagé au parking des Mésanges qui devrait s’agrandir sur plusieurs niveaux, mais aussi sur le site de l’ancienne usine électrique ou encore via le projet privé qui doit se concrétiser à la galerie des Carmes combiné avec un parking à étages aux Carabiniers. Un parking essentiel, car proche des commerces. Néanmoins, ce projet tend à prendre du retard, puisqu’il nécessite des accords entre le promoteur et des propriétaires.

Restent les problèmes de mobilité, causés notamment par les nombreux passages à niveaux wavriens. Des solutions sont à l’étude, mais il s’agit de projets à long terme.

Un schéma de développement commercial

Avant cela, dès la fin du premier trimestre de cette année, les résultats du schéma de développement commercial, une étude réalisée par Agora et Géoconsulting devraient être connus. La Ville attend beaucoup de cette étude destinée à repenser Wavre sous divers aspects (ville piétonne, semi piétonne,…)

«Nous restons attentifs à faire bouger Wavre, confie la Bourgmestre ff Françoise Pigeolet qui rappelle que le Collège communal n’est pas resté les bras croisés. Le centre-ville de Wavre connaît des difficultés. En tant que pouvoir politique nous sommes très attentifs à cette situation et nous ne ménageons pas nos efforts pour apporter notre soutien à nos commerçants, en synergie avec l’Association des Commerçants à qui nous apportons un subside de 12.000 euros.»

Et la Bourgmestre ff de rappeler que le budget 2015 prévoit un montant de 145.000 euros pour la promotion du commerce. «Un engagement est aussi prévu à l’administration pour guider les réflexions du Collège en matière de redynamisation commerciale : un enjeu primordial pour la vitalité de notre commune.»

Optimiser les aménagements urbains

Le Schéma de développement commercial permettra de proposer une offre commerciale globale et équilibrée. Il aboutira à des fiches-actions concrètes et opérationnelles, proposant des actions à court terme et à long terme. «Nous nous engageons, mes collègues et moi, à rendre notre centre-ville davantage attractif, en améliorant son offre commerciale mais également en optimisant ses aménagements urbains ainsi que la mobilité. Et l’échevine de rappeler son dada pour l’économie mauve : «La croissance pourrait venir de la réconciliation de la culture et de l’économie. Il existe un réel potentiel économique de la culture qui suppose une coordination avec d’autres secteurs dont le tourisme. Et la Bourgmestre ff de citer en exemple les événements culturels accessibles à tous, comme la Saint-Nicolas, la bataille oubliée, l’art du commerce, Macamagie ou encore le Wa color. Autant d’événements qui donnent de l’emploi à des artistes !

«Ils attirent le public à Wavre et le commerce doit en tirer parti.»