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Le credo d’Alain Pipart : sauvegarder nos traditions et notre patrimoine

Le credo d’Alain Pipart : sauvegarder nos traditions et notre patrimoine

Sauver de l’oubli le patrimoine wallon : dans notre numéro d’avril, nous avons évoqué la volonté de la Fédération Wallonie-Bruxelles de remettre en valeur les parlers régionaux. Cette même démarche, on la retrouve à La Saltarelle, créée en 1987 après le Jeu de Jean et Alice et présidée aujourd’hui par Alain Pipart, dentiste à Wavre.

« Dans le Jeu de 1987, la chorégraphe Rachel da Costa avait inclus des danses, rappelle-t-il. Au lendemain du spectacle, plusieurs participants émirent le souhait de constituer un groupe de danses et de musiques traditionnelles : La Saltarelle, l’une des six danses du Jeu, était née. Rapidement, nous avons voulu remettre à l’honneur les danses wallonnes qu’on pratiquait autrefois dans les fêtes populaires. Ce ne fut pas facile de les retrouver car, bien souvent, on n’en possédait que les partitions. Dans ce travail de recherche, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur le chorégraphe Marc Malempré qui a consacré beaucoup de temps à aller de village en village interroger les anciens sur les caractéristiques de ces danses… »

Par la suite, le répertoire de La Saltarelle s’est élargi à des danses de la Renaissance et du XVIIIe siècle. Une diversité qui l’a amenée à se produire dans bon nombre de manifestations, comme l’Ommegang à Bruxelles mais aussi en d’autres endroits moins prestigieux.

« Partout, les spectateurs nous disent : c’est pas ringard, c’est très beau ! », s’exclame Alain Pipart qui a toujours aimé danser.

« A la création de La Saltarelle, je voulais limiter ma participation au Jeu de Jean et Alice tous les 5 ans  mais je me suis très vite pris… au jeu. »

Au point de devenir un des piliers de ce groupe dont les ateliers (danses de bal et danses en préparation de spectacles) se tiennent le lundi soir à la salle Jules Collette, à Bierges. Le groupe de musiciens répète de son côté et se compose de 7 instrumentistes.

« Ils sont de très bonne qualité », souligne le président. Et d’ajouter : « Notre discipline a ses contraintes et il faut être passionné pour venir danser : deux de nos membres n’hésitent pas à venir chaque lundi de Theux (Verviers) pour pratiquer leur loisir favori. Quant au recrutement, il n’est pas facile, surtout chez les jeunes et les garçons, même si, chez nous, le groupe compte 9 danseuses et 7 danseurs, ce qui est exceptionnel. »

Macadanse : une ouverture aux autres cultures

Ces exigences de sérieux et de rigueur tant pour les danses et les musiques traditionnelles que pour la confection des costumes ont valu à La Saltarelle d’être reconnue par le Conseil international des organisations de festivals de folklore et d’arts traditionnels (Cioff), partenaire de l’Unesco. Une reconnaissance qui a engendré des demandes de participation du groupe wavrien à des festivals dans d’autres pays. Et qui a aussi facilité la venue d’ensembles étrangers à Macadanse, le festival international que La Saltarelle a lancé en 2007 à l’occasion de ses 20 ans.

« La première édition fut mémorable, poursuit Alain Pipart. Des groupes de Biélorussie, du Kenya, d’Ecosse, de France et de Flandre se sont joints à nous pour les deux spectacles qui ont fait salle comble à l’Hôtel de ville de Wavre. C’était génial mais tuant ! »

Pareil  festival demande, en effet, beaucoup d’énergie et requiert des moyens financiers importants.

« Nous avons heureusement un large soutien de la Ville de Wavre mais ce que nous recevons par ailleurs, ce n’est que des clopinettes !, déplore notre interlocuteur qui souligne les aides apportées notamment par la Flandre et la France aux groupes de danses et de musiques traditionnelles.

« En France, la mise en valeur de ce patrimoine a même débouché sur la création de cours dans les académies… »

Depuis 11 ans, Macadanse alterne festival et souper-spectacle. Ce dernier compense les pertes financières du premier. Exception cette année : comme en 2017, un souper-spectacle, avec un menu du pays accueilli, sera à nouveau proposé au public. Il aura lieu le vendredi 6 juillet à partir de 19h à la salle des fêtes de l’Hôtel de ville. Groupe invité : la compagnie colombienne « El Balcón de los Artistas (places en vente au Syndicat d’initiative, rue de Nivelles).

Alain Pipart : « Nous avons reporté notre festival à 2019 qui verra l’ouverture du hall culturel polyvalent. Nous espérons qu’il sera terminé pour notre manifestation. Ce sera un outil merveilleux avec une technologie de premier plan. La Sucrerie donnera une impulsion supplémentaire à la vie culturelle et associative qui est déjà très riche dans l’entité mais qui manque de visibilité et… de salles ! »

Une famille atteinte du virus des danses et des musiques traditionnelles

Chez les Pipart, la danse est une affaire de famille. Monique, dentiste comme Alain, fait partie de La Saltarelle depuis sa création. Leur fils Denis (33 ans) les a suivis de même que leur fille Audrey (40 ans) qui fut percussionniste dans le groupe avant d’émigrer du côté de Verviers pour des raisons familiales.

« On ne dira jamais assez combien le Jeu de Jean et Alice est fédérateur. La convivialité qu’il fait naître permet aux centaines de participants de se reconnaître et de se saluer en rue des mois et des années plus tard », sourit Alain Pipart qui pense déjà à l’édition suivante en 2022. En attendant, cet homme de 69 ans (naissance au Congo belge, études secondaires à Malonne, supérieures à Namur et à Louvain) mord encore… à pleines dents dans la vie.

« J’aime mon métier et les contacts avec les patients dont plusieurs sont devenus des amis, dit-il. C’est la raison pour laquelle je continue à travailler mais en mettant la pédale douce. Autrefois, je travaillais de 8h à 20h ; à présent, c’est beaucoup plus cool. Depuis 30 ans, je joue au tennis chaque vendredi de 13h à 15h, à La Raquette où un des membres, Jean-Marie Wiart, s’affaire à nous trouver un remplaçant lorsqu’un des nôtres est sur la touche pour des raisons de santé… »

Infatigable rassembleur, Alain Pipart est aussi président du Royal Club philatélique de Wavre qui a fêté ses 60 ans en janvier dernier. Il est notamment passionné par la préphilatélie, c’est-à-dire l’étude des marques postales antérieures à l’apparition du timbre. Il témoigne ainsi du même intérêt pour l’histoire postale que pour la recherche des danses wallonnes d’antan. Et il affiche pour les deux la même volonté de sauvegarder notre patrimoine culturel.

Philippe Pierre